Stéphane MARSEILLE

         De la génération 87 championne d’Europe des moins de 17 ans en 2004, on connaît surtout Karim BENZEMA, Samir NASRI, Jérémy MENEZ ou Hatem BEN ARFA. Mais tous n’ont pas connu la même réussite. Stéphane MARSEILLE en est l’illustration.


     Né le 15 avril 1987 à Reims, l'un des centres historiques du football français, Stéphane MARSEILLE est très tôt attiré par le ballon rond. « Je crois que je suis né avec un ballon dans les pieds, rit-il. Partout où j’allais, j’avais un ballon. » À six ans, il signe sa première licence dans un club de quartier, Europe Club. Il joue alors ailier gauche.Sept ans plus tard, son club, mal géré, disparaît à la suite de problèmes financiers. Il passe alors des tests au Stade de Reims, dont les équipes de jeunes s’entraînent sur les mêmes terrains. À un poste inhabituel. « J’avais joué défenseur central contre eux avec Europe Club. Le coach que j’ai vu m’a donc fait jouer là. » Une réussite. À treize ans, Stéphane MARSEILLE signe au Stade de Reims. Un club particulier pour lui, qu’il va régulièrement voir jouer au stade Auguste-Delaune. Pas vraiment dribbleur, Stéphane MARSEILLE brille surtout par son placement dans les intervalles et sa qualité de passe. Pas du genre individualiste. Il joue pour les autres. Un « joueur d’appui », résume-t-il lui-même. Ce qui le distingue, aussi, c’est sa frappe de balle. Un geste atypique, en rupture, aussi soudain que puissant. Presque inné.

 

          Son parcours footballistique est le suivant :

                   * Europe Reims (1993-2000)

                  * Reims (2000 à 2005) : « Le Stade de Reims croit en moi et veut me faire signer professionnel. La condition ? Que j'abandonne mes études, un bac STT, pour ne manquer aucun entraînement. Mais je ne voulais pas partir avec rien pour après ma carrière, raconte-t-il. Je n’ai pas signé. »

                    * Nancy (2006) : « Nancy m'a offert un contrat stagiaire de deux ans. Mais cette fois, c’est moi qui ai fait la connerie… »

                   * Reims (2007) : « Pour une fille, avec qui je ne suis plus aujourd’hui, je retourne à Reims, alors que j’allais normalement faire mes premiers pas en pro juste derrière… La plus grosse déception, elle est là. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Faute de mieux, je retrouve la réserve de Reims. Ils m’ont fait la misère. Je ne jouais plus en CFA2, je restais constamment sur le banc. C’était vraiment une année galère. On voyait qu’il n’y avait aucun soutien de leur part, qu’ils m’avaient oublié, que je recommençais tout à zéro », note-t-il amèrement.

                    * Compiègne (2008) : « Sur les conseils de Franck TRIQUENAUX, Compiègne (CFA) me recrute : 1000 euros par mois, les primes de match, un appartement. Les débuts se passent bien. Mais, lors d’une rencontre avec l’équipe réserve, je me claque. Les échographies ne montrent rien. On me soigne pour une élongation. La douleur persiste. De nouveaux examens révèlent une déchirure. J'ai perdu quatre mois de soins. Entre-temps, l’entraîneur a changé et je ne suis pas conservé. »

                    * Fresnoy le Grand (2009 à 2011) : « Le projet sportif m’intéressait. Ils voulaient monter un gros club dans l’Aisne », justifie-t-il. Mais ma cuisse, que je pensais guérie, me gêne de nouveau. Impossible de jouer. Les IRM révèlent une bien mauvaise surprise : mon tendon était devenu un os avec le sang qui s’était calcifié autour…  Résultat : un an sans football. La saison suivante, je retrouve le chemin des terrains. L’ambiance est bonne, le plaisir de jouer revient. Mais encore une fois, une fille va changer la donne. Ma petite amie de l’époque décroche un CDI à Lille. Je la suis, trouve moi aussi un travail dans le Nord, dans le commerce. L’aventure fresnoysienne s’achève.»

               * Lambersart (2012) « Le foot, j’avais fait une croix dessus, avoue-t-il. J’ai commencé à travailler, je me suis dit d’y aller à fond, c’est ma première expérience. Mais l’appel du terrain a été plus fort, et me voici à l’Iris Club de Lambersart. Ce qui m’a vraiment plu ici, c’est le rôle de cadre, souffle l’intéressé. J’ai envie de transmettre la rage de gagner, que les jeunes n’ont pas forcément. J’essaie de partager mon expérience tout en restant à ma place, simple coéquipier. Je prends du plaisir à jouer, je n’ai jamais marqué autant de buts, s’emballe-t-il. »

                    * Wambrechies FC (2015) : Il se fait une rupture du tendon d'achille lors d'un match de préparation et ne ne joue aucun match officiel.

 

       Son palmares est le suivant :

                    * 02 matchs en Division 2 : « Mon premier match, c’est un souvenir marquant, confie Stéphane Marseille. Le joueur rentré juste avant moi s’était fait siffler, donc quand je suis rentré, j’avais un peu peur. Et là, j’ai entendu tout le public scander mon nom… J’étais le petit mec de Reims qui entre en jeu pour son premier match, j’avais dix-sept ans, il y avait toute ma famille dans les tribunes… Ça marque. »

                    * champion d'Europe des moins de 17 ans (2004) :  « Le sélectionneur était Philippe Bergeroo. On est parti trois semaines complètes, se souvient-il. Avant les matchs de préparation, je n’avais qu’une sélection. J’ai fait les tests, j’ai été retenu, et on a enchaîné directement. Tout est allé très vite. Pendant la préparation, la priorité est donnée à la création d’un collectif, d’une cohésion parmi les joueurs. Les entraînements, c’était du jeu, des petits 5 contre 5, pas vraiment une séance comme on peut en avoir en club, explique le Champenois. C’était vraiment pour souder le groupe. C’était vraiment un monde à part. J’étais entouré des Benzema, Nasri, Menez, Ben Arfa … Déjà à l’époque, Lyon avait confiance en Benzema. Et les Nasri ou Menez commençaient déjà à jouer en Ligue 1. Heureusement, ils ont un peu changé, mais Menez et Ben Arfa ne pouvaient pas jouer ensemble. C’était la concurrence, tout le temps. C’est limite s’ils n’arrivaient pas à se faire une passe. Pour moi, un joueur était déjà au dessus du lot : Samir Nasri. Quand je vois où Benzema, Nasri, Menez et Ben Arfa en sont aujourd’hui, j’ai les boules, confie Stéphane MARSEILLE. Mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Si j’étais resté à Nancy, peut-être que je serais avec eux aujourd’hui. Mais le problème était dans ma tête. Le mental n’a pas suivi. Mon seul regret, il est là. »

                    * participation aux trois rencontres de poule du championnat d'Europe des moins de 17 ans (2004) : entrée en cours de jeu face à l’Irlande du Nord (3-0) et l’Espagne (1-0), titulaire au coup d’envoi contre la Turquie (2-1). Il ne dispute toutefois pas la demi-finale, remportée devant le Portugal (3-1), ni la finale gagnée aux dépens du favori espagnol (2-1). Peu importe : Stéphane MARSEILLE est sacré champion d’Europe. « Sur le coup, on a du mal à réaliser, souffle-t-il. D’autant que ça m’est tombé dessus comme ça. J’étais amateur, pas en centre de formation, je n’avais pas de contrat stagiaire. Ça me faisait bizarre de jouer dans un stade avec 20 000 personnes, qu’on parle de moi dans la presse avec le maillot de la sélection… 


Equipe championne d'Europe des moins de 17 ans : 1 Costil - 2 Josse - 3 Mangane - 4 El Mourabet - 5 Thicot - 6 Ducasse - 7 Songo'o - 8 Yahiaoui - 9 Menez - 10 Nasri - 11 Ben Arfa - 12 Akakpo - 13 Apo - 14 Constant - 15 Marseille - 16 Riou - 17 Cesto - 18 Benzema - sélectionneur : Bergeroo

 

          Aujourd’hui, Stéphane MARSEILLE s’épanouit dans sa nouvelle vie en marge du monde du football. Sans vivre avec le passé : « J'ai eu enfant donc j’ai arrêté le foot. Je n’ai même pas l’envie de reprendre. Je ne suis pas dégouté non plus. On va dire que je suis passé à autre chose. Je suis vendeur à Intersport à Lomme dans la banlieue de Lille. »